Sur les réseaux sociaux, les pères font l’objet d’un double regard : tantôt encensés pour un geste ordinaire, tantôt cloués au pilori pour une maladresse. Ce balancement entre dad blessing et dad bashing dit quelque chose de l’époque, mais aussi de la pression que portent les mères. Baptiste Des Monstiers, journaliste et père de deux filles en garde alternée, s’en est emparé dans la chronique estivale La Pause Simone publiée sur Femme Actuelle. Son témoignage de père séparé, ancré dans le quotidien, invite à regarder cette tension autrement.
Dad bashing, dad blessing : deux faces d’une même attente
Le dad bashing désigne la critique publique des pères jugés absents ou maladroits, souvent virale sur TikTok ou Instagram. Le dad blessing, lui, consiste à saluer chaleureusement un père qui fait… ce que toute mère fait sans que personne ne l’applaudisse. Ce déséquilibre est au cœur du malaise : les mères portent la charge mentale depuis des années, et voir un père félicité pour avoir mis des chaussettes à ses enfants peut légitimement agacer. Pourtant, la critique permanente ne résout rien. Elle alimente la frustration des deux côtés et finit par peser sur le quotidien partagé. Baptiste Des Monstiers, fondateur du média Kool Mag dédié aux pères engagés, le dit sans détour : son témoignage « sincère et sans filtre brise les tabous liés » à la paternité. Ce qu’il observe, c’est que les mères méritent d’être entendues, pas que les pères méritent d’être systématiquement mis en cause.
Baubo, la déesse qui guérit par le rire
Dans la mythologie grecque, Déméter pleure la disparition de sa fille Perséphone. Inconsolable, elle ne mange plus, ne parle plus. Alors sa servante baubo se plante devant elle, soulève ses jupes et exhibe sa vulve. Déméter éclate de rire et retrouve l’envie de vivre. Ce geste n’est pas une vulgarité gratuite : Baubo rappelle à la déesse la puissance du corps féminin, promesse de maternités futures. Son nom désigne en grec ancien aussi bien le berceau que le sexe féminin. Un culte lui était rendu sur l’île de Naxos dès le IVe siècle avant J.-C. Elle est à la fois servante, clown sacré et figure de réconciliation. L’anthropologue Georges Devereux lui a consacré trente ans de réflexion dans Baubo, la vulve mythique. Ce que cette figure dit aux mères d’aujourd’hui est simple : là où les mots échouent, le rire peut réussir. Face à la charge mentale, au dad bashing comme au sentiment d’injustice, l’humour du corps est une ressource, pas une capitulation. Pour aller plus loin sur les sujets qui touchent le quotidien des femmes, la rubrique lifestyle de ce blog propose d’autres pistes concrètes.
Le rire, un outil sous-estimé
La figure de Baubo fascine les féministes contemporaines précisément parce qu’elle sort du registre de la plainte ou de l’affrontement. Elle ne répond pas à la douleur par la colère, mais par une forme de dérision positive. Quand on passe ses journées à arbitrer entre charge mentale non partagée et attentes contradictoires, cet antidote-là mérite attention. Ce n’est pas ignorer les inégalités réelles : c’est choisir de ne pas leur laisser le dernier mot. Baptiste Des Monstiers, en acceptant de « bienvenue dans la vie des mères », reconnaît cette réalité. Et Baubo, servante d’une déesse épuisée, avait peut-être déjà trouvé la réponse il y a vingt-cinq siècles.

